Décret canicule 2025 : quelles obligations pour les employeurs CHR face aux fortes chaleurs ?
Article publié le : 04/08/2026
Vous gérez un café, un hôtel ou un restaurant et vos équipes travaillent en cuisine, en plonge, en terrasse ou en étage ? Depuis le 1er juillet 2025, le cadre réglementaire sur les fortes chaleurs a évolué. Dans le CHR, où la chaleur fait déjà partie du quotidien en été, il ne suffit plus de « faire attention » : vous devez évaluer le risque chaleur, formaliser vos mesures et adapter votre organisation.
Quels postes sont les plus exposés ? Que faut-il inscrire dans le DUERP ? Quelles mesures concrètes mettre en place en service ? Et que faut-il savoir sur le droit de retrait ? Nous vous expliquons l’essentiel, avec un angle très opérationnel pour sécuriser votre établissement et protéger vos équipes.
Pourquoi le secteur CHR est particulièrement exposé aux fortes chaleurs
Le risque chaleur au travail concerne tout le monde, mais il prend une forme très concrète dans le secteur CHR. En période estivale, plusieurs situations se cumulent :
- cuisine chaude avec fours, plaques, friteuses et vapeur ;
- plonge dans un local humide, parfois peu ventilé ;
- terrasse exposée au soleil, au rayonnement et aux fortes amplitudes ;
- livraisons et manutentions aux heures chaudes ;
- étages et chambres non climatisés en hôtellerie ;
- lingerie, buanderie, réserves avec accumulation de chaleur.
À cela s’ajoutent des facteurs aggravants fréquents en CHR : cadence soutenue, ports de charges, humidité, tenues de travail, coupures de pause en plein service, saisonniers peu acclimatés ou équipes en sous-effectif.
C’est précisément pour cela que la mise à jour du DUERP risque chaleur ne doit pas être traitée comme une formalité. Pour structurer cette démarche, vous pouvez vous appuyer sur notre guide pour mettre à jour votre DUERP en CHR avec le risque chaleur obligatoire depuis juillet 2025.
Ce que change le décret canicule 2025 depuis le 1er juillet 2025
Le décret n°2025-482 du 27 mai 2025, applicable depuis le 1er juillet 2025, a créé un cadre spécifique dans le Code du travail pour la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur. Ce cadre repose notamment sur la notion d’épisode de chaleur intense, en lien avec le dispositif de vigilance météorologique de Météo-France.
Concrètement, cela signifie que l’employeur ne doit plus seulement réagir au cas par cas. Il doit :
- évaluer le risque d’exposition à la chaleur en intérieur comme en extérieur ;
- prévoir des mesures de prévention adaptées ;
- formaliser ces mesures dans son organisation et ses documents de prévention ;
- adapter sa réponse selon les niveaux de vigilance météo.
Vous pouvez utilement vérifier le cadre officiel sur le décret n°2025-482 du 27 mai 2025 publié sur Légifrance et compléter avec les obligations employeur en cas de fortes chaleurs sur le Code du travail numérique.
Bon à savoir
Il n’existe pas de température légalement unique à partir de laquelle il faudrait automatiquement arrêter le travail. Ce sont l’évaluation du risque, la nature des tâches, l’exposition réelle et la vigilance météo Météo-France qui déclenchent les mesures à mettre en place.
DUERP : ce que vous devez vraiment évaluer dans un établissement CHR
En pratique, votre DUERP doit identifier les unités de travail exposées et décrire les situations réelles d’exposition à la chaleur.
Unités de travail à analyser
- cuisine chaude ;
- cuisine froide si zone mal ventilée ou sous contrainte de cadence ;
- plonge ou local aveugle ;
- terrasse plein sud ;
- livraisons et manutention ;
- réception ou salle vitrée ;
- étages non climatisés ;
- lingerie ou buanderie.
Facteurs aggravants à noter
- effort physique et manutention ;
- travail debout prolongé ;
- vêtements de travail, tabliers, chaussures de sécurité, EPI ;
- humidité et manque d’aération ;
- travail isolé dans un local chaud ;
- salariés jeunes, saisonniers, apprentis, nouveaux arrivants ;
- personnes non acclimatées ou présentant une vulnérabilité particulière.
L’objectif n’est pas de produire un document théorique, mais un outil utile pour piloter vos décisions. Dans cette logique, nous recommandons un plan d’action prévention chaleur activable avant et pendant la saison estivale, avec responsables, échéances et mesures par zone.
Si vous souhaitez aller plus loin sur vos obligations employeur et vos documents sécurité, notre accompagnement sur la mise à jour du DUERP et du plan d’action prévention constitue une base très concrète pour le CHR.
Plan d’action canicule CHR : les mesures concrètes attendues
Le point clé du décret n’est pas seulement l’évaluation : c’est la capacité à déclencher les bonnes mesures au bon moment.
1. Mettre de l’eau potable fraîche à disposition
- De l’eau potable fraîche doit être disponible à proximité des postes.
- Un moyen de maintien au frais doit être prévu si nécessaire.
- Lorsque l’eau courante est impossible, l’eau mise à disposition doit être d’au moins 3 litres par jour et par travailleur.
Dans le CHR, ce point doit être pensé par zone : cuisine, plonge, terrasse, étages, livraison.
2. Adapter l’organisation du travail
- décaler certaines préparations ou manutentions tôt le matin ;
- anticiper les livraisons avant les heures les plus chaudes ;
- prévoir des pauses plus fréquentes et plus longues en zone fraîche ou ombragée ;
- mettre en place une rotation entre postes chauds et moins exposés ;
- renforcer les équipes en plonge ou en terrasse sur les journées tendues ;
- éviter le travail isolé dans les locaux les plus chauds.
Sur le terrain, un simple ajustement d’horaires peut réduire fortement l’exposition : mise en place avancée, service réorganisé, pause hydratation intégrée dans le briefing d’équipe.
3. Agir sur les installations et l’environnement
- vérifier la ventilation et l’extraction en cuisine ;
- contrôler la température des locaux les plus exposés ;
- installer stores, voiles d’ombrage ou parasols en terrasse ;
- prévoir une zone de récupération au frais ;
- évaluer l’intérêt d’une brumisation lorsque cela est pertinent et compatible avec l’exploitation.
4. Adapter les tenues sans négliger l’hygiène et la sécurité
- privilégier des textiles respirants compatibles avec les exigences métier ;
- prévoir un couvre-chef adapté ;
- maintenir la prévention des brûlures, glissades et coupures malgré l’adaptation des tenues ;
- éviter les compromis qui fragiliseraient la sécurité alimentaire ou la protection du salarié.
5. Organiser la surveillance et l’alerte
- mettre en place du binômage sur les postes à risque ;
- former les managers à repérer les signes d’alerte : crampes, fatigue inhabituelle, nausées, maux de tête, malaise, confusion ;
- prévoir une procédure simple : mise au frais, alerte des secours, hydratation si la personne est consciente, appel du 15 ou du 112 si nécessaire ;
- briefing d’équipe en début de service pendant les pics de chaleur.
Pour renforcer cette capacité de réaction, il est très utile de former des relais terrain. Notre contenu sur la formation SST en CHR et les bénéfices concrets pour votre établissement montre comment un SST peut faire la différence en cas de malaise lié à la chaleur.
Checklist téléchargeable : plan canicule CHR en 10 actions
Plan canicule CHR en 10 actions
- Vérifier chaque semaine la vigilance Météo-France en saison chaude.
- Mettre à jour le DUERP avec les unités de travail exposées.
- Formaliser un plan d’action par niveau de vigilance.
- Mettre de l’eau potable fraîche à proximité de chaque zone sensible.
- Contrôler extraction, ventilation, stores et ombrage.
- Décaler les tâches physiques et livraisons si possible.
- Prévoir des pauses supplémentaires en zone fraîche.
- Éviter l’isolement sur les postes chauds.
- Informer l’équipe sur les signes d’alerte et la conduite à tenir.
- Tracer les mesures prises et les ajuster après chaque épisode de chaleur.
Kit manager de brigade en service
- brief express avant prise de poste ;
- rappel hydratation et pauses ;
- répartition des postes chauds/froids ;
- surveillance des saisonniers et nouveaux arrivants ;
- point milieu de service en cas de vigilance orange ou rouge ;
- procédure d’alerte connue de tous.
Droit de retrait, responsabilités et points de vigilance
Le droit de retrait ne s’applique pas automatiquement parce qu’il fait chaud. En droit, il suppose une situation de danger grave et imminent pour la vie ou la santé. L’appréciation se fait au cas par cas : intensité de la chaleur, nature du travail, durée d’exposition, état du salarié, mesures réellement mises en place par l’employeur.
Autrement dit : si vous n’avez rien anticipé dans une cuisine surchauffée, une plonge sans aération ou une terrasse sans organisation adaptée, votre exposition au risque sera plus difficile à défendre. À l’inverse, un établissement qui a évalué, organisé, équipé, informé et tracé ses actions montre une démarche de prévention cohérente.
Bon à savoir
Le droit de retrait ne remplace pas un avis médical. Si l’état de santé du salarié ne lui permet pas de venir travailler ou de tenir son poste, la situation peut relever d’un arrêt de travail ou d’un avis médical. Il est préférable de renvoyer les équipes vers les sources officielles et, si besoin, vers le service de prévention et de santé au travail.
Sur ce volet RH, nous conseillons d’anticiper avant la haute saison : documents à jour, consignes internes, encadrement des saisonniers, preuves de prévention. C’est exactement l’objectif de notre accompagnement en conformité RH et prévention via le DUERP CHR.
Saisonniers, apprentis et nouveaux arrivants : un point de vigilance majeur
Dans le CHR, l’été rime souvent avec renforts. Or les saisonniers, apprentis et salariés nouvellement recrutés sont parfois les plus exposés : ils connaissent moins les locaux, les rythmes, les postes chauds et les signes d’alerte.
Quelques réflexes utiles :
- prévoir un onboarding prévention dès l’arrivée ;
- présenter les zones chaudes et les moments critiques du service ;
- mettre en place du binômage les premiers jours ;
- vérifier la bonne compréhension des consignes hydratation, pauses et alerte ;
- éviter d’exposer immédiatement un nouveau salarié aux postes les plus pénibles sans accompagnement.
Former des relais opérationnels est aussi un vrai plus. Avec notre formation Sauveteur Secouriste du Travail adaptée aux établissements CHR, vous pouvez sécuriser à la fois la prévention et la réaction en cas de malaise ou de coup de chaleur.
Qui peut vous aider ?
Vous n’êtes pas seul pour structurer votre prévention chaleur. Plusieurs acteurs peuvent vous accompagner :
- le SPST ou service de prévention et de santé au travail, pour les conseils sur les salariés vulnérables et l’adaptation des mesures ;
- la Carsat, la Cramif ou la CGSS, selon votre territoire, pour les démarches de prévention ;
- l’INRS, pour les repères pratiques sur les risques liés à la chaleur, les mesures de prévention et la conduite à tenir.
L’idée n’est pas de rechercher un conseil juridique individualisé dans l’urgence, mais de construire en amont une organisation simple, claire et applicable par vos managers.
Anticiper l’été pour protéger vos équipes et sécuriser votre exploitation
Le décret canicule 2025 a renforcé une logique simple : en cas de fortes chaleurs, l’employeur doit pouvoir démontrer qu’il a évalué le risque, prévu des mesures, organisé leur déclenchement et informé ses équipes. Dans le CHR, cela passe par des exemples très concrets : brigade en cuisine, plonge, terrasse, livraisons, étages.
Pour passer d’une logique réactive à une vraie prévention, nous pouvons vous accompagner sur deux leviers complémentaires : former vos équipes au SST pour mieux repérer et gérer les malaises, et sécuriser votre conformité RH avant l’été avec une mise à jour opérationnelle de vos documents et de votre plan d’action prévention.
Si vous souhaitez structurer votre démarche, découvrez nos ressources pour former vos équipes au SST en CHR et pour mettre à jour votre DUERP et votre plan d’action prévention. Cet article a vocation à rester evergreen et peut être republié chaque été avec mise à jour des consignes pratiques.